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Veyron12.com----------- Comment Denys devient le sculpteur Denys Puech.


Denis Puech (premier homme en haut à gauche) et son épouse la Princesse Anina Gagarine Stourdza (au centre de la photo) - Col. Aveyron12.com


Hero pleurant Leandre

François Mahoux,
Premier Maître d'apprentissage
de Denys Puech.


Vue partielle de la brochure éditée à l'occasion
du banquet en l'honneur du sculpteur
François Mahoux. -
Col. Aveyron12.com


Vue partielle
de l'étiquette de Tombola signée par Denys Puech
à l'occasion de ce banquet. -
Col. Aveyron12.com

Extrait de l'allocution de Denys-Puech
(23 août 1899)
Mon cher Maître,
Nous avons été les premiers
(les anciens élèves) à nous réjouir de
la distinction qui vous a été accordée par
le Gouvernement de la République.
La récompense est modeste,
mais la ferveur qui l'a accueillie et
l'empressemnt avec lequel
elle est fêtée ce soir,
lui donnent une valeur
dont vous devez sentir tout le prix..

Et quand, dans un de ces élans
spontanés que connaissent
seuls les coeurs vraiment sincères,
Puech embrasse son vieux Maître,
il lui apporte dans cette accolade
les sympathies de toute l'assemblée,
soulevée d'émotion....

Denys Puech, du causse de Bozouls à la Villa Médicis.

Denys Puech vit le jour, près de Bozouls en Aveyron, le 3 décembre 1854. Ce fils de paysans passa son enfance au hameau de Gavernac dans la petite ferme de ses parents, Jean Puech et Rose Guilbert.
Denys sera un des quatre enfants de cette humble famille de paysan rouergat (Louis, Henri, Denys et Germain).
Si son père Jean a peu d'instruction sa mère Rose, par contre sait lire et écrire ; c'est elle qui donnera le goût des études aux quatre garçons et leurs inculquera la force de volonté indispensable à toute réussite sociale et professionnelle.
L'aîné, Louis deviendra avocat, puis entrera en politique : il sera élu député de la Seine (1898-1932)  puis nommé  Ministre des Travaux publics (1910-1911). Germain se dirigera vers la médecine et exercera, plus tard, comme médecin en Aveyron. Comme dans toute bonne famille de paysans rouerguats, un des fils reprendra l'exploitation familliale, ce sera Henri. 
Denys, lui est différent de ses trois frères : déjà tout jeune, Denys
sculpte des morceaux de bois pour s'occuper les mains et l'esprit, tout en gardant les moutons de la ferme sur le causse Bozoulais.
Cette envie de "dompter" la matière vont le conduire vers un apprentissage chez l'artisan François Mahoux, le marbrier ruthénois (voir ci-contre). Pendant deux ans (de seize à dix-huit ans), il va apprendre et parfaire son envie de sclupter. Il découvrira dans cet atelier des matières "nobles" comme la pierre, le marbre...
A dix-huit ans, il "monte" à Paris pour, d'atelier en atelier (François Jouffroy, Alexandre Falguière, Henri Chapu...), apprendre véritablement la sculpture des grands de l'époque. Si jusqu'à présent, le jeune Denys étatit un bon ouvrier, il voulait maintenant devenir un artiste, un créateur. Il s'incrit pour cela aux cours du soir aux Beaux-Arts pour parfaire ses connaissances et découvrir, enfin, l'Art de la sculpture.
En 1876, tournant de sa carrière, il rencontre Chabrier qui lui prodigue des conseils précieux. Ils resteront en contact pendant 35 ans.
Denys Puech est un travailleur acharné : il n'a pas oublié l'éducation maternelle et à l'âge de vingt-sept ans, il est récompensé pour son opiniâtreté : il décroche son premier succès en obtenant le deuxième Grand Prix de Rome (Tyrtée chantant les Messéniennes - 1881).
En 1882, succès renouvelé (Diagoras mourant de joie en apprenant le triomphe de ses deux enfants vainqueurs aux Jeux Olympiques). Et c'est en 1884 qu'il obtient, enfin,  le Premier Prix (Mezence blessé).
Ce premier prix va lui ouvrir les portes comme pensionnaire à la Villa Médicis. Là, il est confronté aux hauts lieux de l'art italien et sa créativité et son savoir d'artiste vont lui permettre de créer des oeuvres majeures comme l'
allégorie de "La Seine". (ci-dessous)



Avec cette oeuvre, Denys Puech remporte un vif succès auprès du jury de l'Académie. Achetée par l'Etat français, cette sculpture est placée au Musée du Luxembourg. (Son séjour à la villa Médicis donnera jour à "La Seine", "La muse d'André Chénier", "La Sirène", "Vision de Saint Antoine de Padoue". ).
Dès lors, Denys Puech voit son art reconnu et recherché. Grâce à son frère Louis et à ses connaissances politiques il obtient des commandes publiques : bustes, monuments, bas-reliefs.... Il sculptera, entre autre, les bustes représensatatifs de l'époque, Jules Ferry (1895), Sainte-Beuve (1898), Émile Loubet (1901) et ...Mussolini (1925).
En tout, 573 œuvres sont recensées.
La soif de la découverte et de la connaissance le conduisent à voyager (Turquie, Egypte).
Il devient membre élu de l'Académie des Beaux-Arts dès 1905 et, est nommé Chevalier de la Légion d'honneur le 17 janvier 1908. Cette même année, le 13 mai, il épouse l'artiste-peintre la Princesse Anina Gagarine Stourdza (1er juin 1865 - 14 avril 1918). Il occupera, après la mort de sa femme, le poste envié de Directeur de la Villa Médicis (1921- 1933).
De vives critiques sur son style "trop" académique : Denys Puech se démarque du courant des artistes comme Bourdelle, Despiau, Belmondo, ... Il poursuit néanmoins sa carrière de sculpteur. En 1925, il vient à Rodez pour l'inauguration du monument de la Victoire. Il rencontra, là encore, de fortes réticences. Il se décide, alors, de ne plus intervenir en tant qu'artiste pour la cité Ruthénoise.
Après dix ans de retraite spirituelle et religieuse en Aveyron, Denys Puech s'éteint en décembre 1942 à Rodez. Il reçoit des obsèques solennelles et de nombreux témoignages officiels consacrent l'homme et le sculpteur.


  La sirène de Denys-Puech                           
 
Cette sirène ailée enlevant un jeune garçon dans les flots est
une oeuvre importante dans la carrière du sculpteur Denys Puech.
L'artiste livre ici une vision troublante : il allie force et maîtrise sur
le plan formel et une grande ambiguïté symbolique et poétique.
(lire ci-contre). 

L'antiquité regorgeait de tant de dieux à queue de poisson, de néréides et de tritons qu'il est fort difficile de caractériser très précisément cette sirène créée par Denys Puech.
En effet, d'abord simple oiseau à tête de femme sur les vases grecs (avant le 3ème siècle avant JC), les sirènes s'humanisent chez les romains et les étrusques en devenant des femmes ailées.
Le moine anglais Aldhelm de Malmesbury, au 8ème siècle de notre ère, en donne une représentation nouvelle dans son "Liber monstrorum". Il les dote en effet d'une queue de poisson couverte d'écailles grâce à laquelle elles se dissimulent dans les vagues. Malmesbury introduit une autre particularité en affirmant que ces filles de la mer séduisent les marins par la beauté de leur corps. C'est lui qui, le premier, met l'accent sur l'aspect visuel de la séduction qu'elles opèrent. Dès lors, il ne suffit plus de se boucher les oreilles : qui les regarde est perdu !
Malgré la diversité de ses incarnations à travers les âges et les cultures, la sirène demeure le symbole de la séduction et de la fatalité. Allégorie de la tentation, la sirène est toujours un être mixte, qui unit la beauté humaine, par la silhouette ou la voix, à la cruauté animale. Tout comme le désir qu'elle suscite et le sentiment amoureux qu'elle fait naître, la sirène est ambiguë. A moitié immergée, repérable par son chant trompeur et finalement mortel , elle joue pourtant le jeu du désir et de la femme inaccessible. 

Le jeune garçon représenté ici par le sculpteur serait donc déjà perdu...
On peine à le croire et pourtant c'est ce à quoi il faut bien se résoudre.
Contrairement au poème du "Poète et la Sirène" de Hannaux,  il est corps et âme  sous l'emprise de la créature marine. Non seulement il est déjà physiquement emporté par celle-ci, mais l'artiste s'est appliqué à rendre l'expression de son visage absente, comme si son esprit aussi avait été capturé.

Le Musée des Beaux-arts Denys Puech à Rodez --------------------------------------------------------------
Resté très attaché à son Aveyron natal, Denys Puech a la volonté de donner à la capitale du Rouergue un Musée des Beaux-Arts.
Il cherche pour cela
des appuis politiques et artistiques. Il valide la création de son Musée dès 1903, mais le bâtiment devant accueillir les oeuvres ne sera inauguré qu'a l'été 1910.
Pour donner à ce Musée ces lettres de noblesse, Denys Puech offre à la ville de Rodez un nombre important de sculptures et de dessins. Par ailleur, il invite ses amis à en faire de même : le peintre orientaliste Maurice Bompard (1857-1935) et le graveur Eugène Viala (1858-1913), feront également don de quelques-unes de leurs œuvres. Cet ensemble constituera les collections premières de ce nouveau musée.
Le dessin et la réalisation de ce "Sanctuaire de l'art aveyronnais" est confié à l'architecte Boyer. Il concevra le rez-de-chaussée pour mettre en valeur la collection des sculptures de Denys Puech.