Veyron12.com----------- Du dadaïsme au surréalisme, André Breton.
1922 André Breton rompt avec le mouvement Dada. Il publie des textes très critiques dans sa revue Littérature. Manifeste du surréalisme La totalité des neuf manuscrits Note : André Breton avait rencontré Simone Collinet, née Kahn, en 1920 à Paris. Mariés l'année suivante, ils s'installèrent rue Fontaine dans un appartement qui deviendra le quartier général du surréalisme. Après leur divorce en 1921, la jeune femme, très engagée politiquement, avait épousé Michel Collinet, militant de gauche, et ouvert une importante galerie d'art à Paris. Extrait bibliophilie : Le surréalisme est un mouvement littéraire et artistique né après la Première Guerre mondiale. Il succède à la période du dadaïsme. Il repose sur le refus de toutes les constructions logiques de l'esprit et sur les valeurs de l'irrationnel, de l'absurde, du rêve, du désir et de la révolte. Si, dominé par la personnalité d’André Breton, le Surréalisme est d’abord d’essence littéraire, son état d’esprit s’étend rapidement aux arts plastiques, à la photographie et au cinéma, non seulement grâce aux goûts de Breton, lui-même collectionneur et amateur d’art, mais aussi par l’adhésion d’artistes venus de toute l’Europe et des États-Unis pour s’installer à Paris, alors capitale mondiale des arts. "Faites-vous apporter de quoi écrire, après vous être établi en un lieu aussi favorable que possible à la concentration de votre esprit sur lui-même. Placez-vous dans l'état le plus passif, ou réceptif, que vous pourrez.. Faites abstraction de votre génie, de vos talents et de ceux de tous les autres. Dites-vous bien que la littérature est un des plus tristes chemins qui mènent à tout. Ecrivez vite sans sujet préconçu, assez vite pour ne pas retenir et ne pas être tenté de vous relire. La première phrase viendra toute seule, tant il est vrai qu'à chaque seconde il est une phrase étrangère à notre pensée consciente qui ne demande qu'à s'extérioriser. Il est assez difficile de se prononcer sur le cas de la phrase suivante ; elle participe sans doute à la fois de notre activité consciente et de l'autre, si l'on admet que le fait d'avoir écrit la première entraîne un minimum de perception. Peu doit vous importer, d'ailleurs ; c'est en cela que réside, pour la plus grande part, l'intérêt du jeu surréaliste. Toujours est-il que la ponctuation s'oppose sans doute à la continuité absolue de la coulée qui nous occupe, bien qu'elle paraisse aussi nécessaire que la distribution des noeuds sur une corde vivante. Continuez autant qu'il vous plaira. Fiez-vous au caractère inépuisable du murmure. Si le silence menace de s'établir pour peu que vous ayez commis une faute : une faute, peut-on dire, d'inattention, rompez sans hésiter avec une ligne claire. A la suite du mot dont l'origine vous semble suspecte, posez une lettre quelconque, la lettre l, et ramenez l'arbitraire en imposant cette lettre pour initiale au mot qui suivra." Extrait de "La glace sans tain", Les Champs magnétiques, André Breton et Philippe Soupault. Extrait du Manifeste du Surréalisme, André Breton. Happé par le siècle, le surréalisme s'est constamment situé au cœur des événements. Mais sa position ne pouvait se satisfaire de l'appareil des partis, y compris de celui du Parti communiste, dont il a voulu un temps se sentir proche. Cadavre exquis : le Cadavre exquis est le plus célèbre des jeux surréalistes.
Il s'entoure de quelques poètes comme Robert Desnos, René Crevel ou Benjamin Peret. Ces poètes poursuivent les recherches entreprises par Breton et Soupault dans "les Champs magnétiques",(texte écrit selon la méthode de l’écriture automatique).
Le groupe s’auto-désigne comme le "mouvement flou" jusqu’à son officialisation.
1924 Le mouvement est officialisé à Paris par la publication du Manifeste du Surréalisme, texte qu’André Breton avait initialement conçu pour préfacer la parution d’un recueil de poèmes automatiques, "Poisson soluble".
André Breton tire les conséquences artistiques de la théorie psychanalytique. (ex. interprétation des rêves par Freud).
"La Révolution surréaliste" remplace "Littérature".
Les peintres André Masson et Joan Miró rejoignent le mouvement.
1925 À la galerie Pierre, à Paris, le 13 novembre à minuit, est inaugurée la première exposition de peinture surréaliste, regroupant des œuvres de Giorgio De Chirico, Hans Arp, Max Ernst, Paul Klee, Man Ray, André Masson, Joan Miró, Picasso et Pierre Roy.
Max Ernst se consacre à ses premiers frottages et Aragon publie Le Paysan de Paris.
À Bruxelles (autour de la revue Correspondance), un groupe réuni par les écrivains Paul Nougé et E.L.T. Mesens, se lie avec les surréalistes français. Le peintre belge René Magritte réalise ses premières œuvres surréalistes et devient le chef de file de ce Surréalisme belge.
1926 André Masson réalise ses premiers tableaux "presque uniquement faits de sable collé" qui mettent l’accent sur la matière et le hasard.
En mars, à Paris, Jacques Trual et André Breton ouvrent la Galerie Surréaliste avec l’exposition Tableaux de Man Ray et objets des Îles (Océanie) qui établit pour la première fois un rapport entre la création surréaliste et des œuvres primitives.
La presse est scandalisée par une statue océanienne jugée indécente. Man Ray l'avait choisie pour figurer en vitrine de l’exposition et en couverture du catalogue.
1927 En janvier, André Breton adhère au parti communiste.
En juin, la première exposition personnelle du peintre Yves Tanguy est organisée à la Galerie Surréaliste. Ses peintures, héritant de l’univers de Giorgio De Chirico, présentent un monde qui semble flotter entre le milieu sous-marin et le milieu terrestre.
André Breton écrit Nadja, portrait d’une jeune femme dont il a été amoureux et qui a sombré dans la folie. L’ouvrage s’achève sur l’affirmation désormais célèbre : "La beauté sera CONVULSIVE ou ne sera pas".
1928 En février, paraît Le Surréalisme et la peinture, recueil d’articles d’André Breton sur Picasso, Giorgio De Chirico, Max Ernst, Man Ray, André Masson…
Salvador Dali et Luis Buñuel réalisent le film "Un chien andalou" grâce au mécénat de Marie-Laure et Charles de Noailles, qui financent aussi au même moment un autre film surréaliste resté célèbre, "Le Sang d’un poète" de Jean Cocteau.
1929 En février, André Breton adresse un courrier aux collaborateurs du Surréalisme pour mesurer "le degré de qualification morale de chacun", ce qui le brouille avec Bataille, Leiris et Masson. Cette démarche aboutit à la mise au point théorique que constitue le Second manifeste du Surréalisme publié en décembre.
Max Ernst réalise son premier roman-collage : Perturbation, ma sœur, la femme 100 têtes. En utilisant des gravures anciennes issues de l’imagerie populaire, Max Ernst présente un univers de rêve soumis aux caprices de l’inconscient.
Du 20 novembre au 5 décembre, à la galerie Gœmans, se tient la première exposition parisienne de Salvador Dali. Son œuvre invite à la pratique de la paranoïa-critique, méthode pour appréhender le réel en doutant de l’univocité de ses significations.
1930 En riposte au "Second Manifeste", Georges Bataille fait paraître en janvier un tract intitulé "Un cadavre" dans lequel il dénonce les principes moralisateurs d’André Breton. Le tract est co-signé notamment par Michel Leiris, Robert Desnos, Raymond Queneau et Jacques Prévert.
Le premier numéro du Surréalisme au Service de la Révolution, dont le titre est suggéré par Louis Aragon, paraît en juillet et remplace La Révolution surréaliste.
En décembre, le second film de Dali et Buñuel "L’Âge d’or" est projeté au "Studio 28", salle de cinéma montmartroise. Des membres de la Ligue des patriotes et de la Ligue antijuive saccagent les locaux.
1931 Les artistes surréalistes sont exposés pour la première fois aux États-Unis, à Hartford (Connecticut). Cette manifestation réunit des œuvres de Salvador Dali, Giorgio De Chirico, Max Ernst, André Masson, Joan Miró, Picasso et Pierre Roy.
Alberto Giacometti réalise ses premières sculptures-objets, des "objets mobiles et muets" composés de formes organiques qui peuvent être mises en mouvement.
1932 En novembre, André Breton publie les Vases communicants, ouvrage qui tente d’établir l’existence de liens étroits entre les rêves et l’état de veille, dont il envoie un exemplaire à Freud. Il y critique les objets "à fonctionnement symbolique" de Salvador Dali qu’il juge trop réducteur du désir.
1933 Albert Skira publie la revue surréaliste Minotaure (1933-1938) dont le premier numéro est consacré à Picasso.
1934 Au Musée Royal de Bruxelles, les Surréalistes belges organisent la première grande exposition d'œuvres surréalistes venant de toute l’Europe qu’ils intitulent : "Minotaure".
L’artiste allemand Hans Bellmer adhère au Surréalisme avec la publication dans le numéro 6 de la revue Minotaure (décembre 1934) de photographies présentant un de ses objets surréalistes, La Poupée.
1935 Alberto Giacometti est exclu du groupe. Il récuse son œuvre surréaliste et annonce son désir de travailler à nouveau "d'après modèle".
En novembre, la première exposition parisienne de l'artiste Victor Brauner est organisée à la galerie Pierre.
1936 En mai, à Paris, une exposition d’objets surréalistes à la galerie Charles Ratton réunit pour la première fois des objets naturels, des objets trouvés et des objets composés par les artistes surréalistes.
A Londres, L’International Surrealist Exhibition est organisée par l’historien d’art Herbert Read, et préfacée par André Breton.
En décembre, le MoMA de New-York présente l’exposition Fantastic Art, Dada and Surrealism.
1937 André Breton devient rédacteur en chef de la revue Minotaure. Il fait paraître "l’Amour fou".
1938 À la galerie des Beaux-arts, à Paris, se tient l'Exposition internationale du surréalisme, avec la collaboration scénographique de Marcel Duchamp. Cette exposition réunit plus de 60 artistes de différents pays, présentant près de 300 peintures, objets, collages, photographies et installations.
Bureau de Breton rue Fontaine - Paris
Le seul manuscrit complet connu
du célèbre "Manifeste du surréalisme",
écrit en 1924 par l'écrivain français
André Breton qui y développe les principes d'un des mouvements artistiques
les plus importants du XXe siècle,
a été vendu aux enchères
le mercredi 21 mai 2008 à Paris.
d'André Breton ont été acquis par le collectionneur français Gérard Lhéritier, fondateur du Musée des lettres
et manuscrits à Paris (établissement privé) pour la somme de 3,2 millions d'euros (3,6 millions avec les frais de transaction).
Le collectionneur se trouvait dans la salle
et a bataillé contre plusieurs enchérisseurs
au téléphone pour parvenir à aquérir cette fabuleuse collection.
Cet ensemble exceptionnel de manuscrits d'André Breton (1896-1966) offert par
Breton à sa première épouse,
Simone Collinet (1897-1980) étaient,
depuis toujours, restés dans la famille
de cette dernière (note).
Le clou de la vente était le seul manuscrit complet connu du "Manifeste du surréalisme" : 21 pages, dont 20 de textes rédigés d'une fine écriture bleue.
Breton y développe les principes d'un
des mouvements artistiques les plus importants du XXe siècle.
Ce manuscrit avait été présenté en 2002
par le Centre Pompidou lors de l'exposition "La Révolution surréaliste".
Etaient également proposés un deuxième manuscrit important, celui de "Poisson soluble", fruit de quatre années d'écriture automatique entre 1921 et 1924.
Comprenant 59 pages et composé
de 32 textes, il a été publié en 1924
dans le même volume que le "Manifeste
du surréalisme", qui devait au départ
lui servir de préface.
Sept cahiers d'écolier sur lesquels
ont été écrites les ébauches de
"Poisson soluble" complétaient l'ensemble. Ces sept "cahiers d'écriture automatique" rassemblent des textes, des poèmes-
collages composés à partir de coupures
de journaux et des dessins détournés.Les manuscrits avaient d'abord été vendus séparément et le "Manifeste" avait atteint 740.000 euros (hors frais).
Ils ont ensuite fait l'objet d'une proposition de vente avec "faculté de réunion".
Cette procédure relance les enchères
à partir de la somme globale atteinte,
pour permettre à un unique enchérisseur d'emporter le lot complet.A l'issue de la vente qui a été accueillie par des applaudissements, Gérard Lhéritier
a indiqué à l'AFP être "très, très, très heureux". "Je craignais que les neuf manuscrits
soient dispersés", a-t-il dit, "ils restent maintenant ensemble, ne quittent pas
la France, et vont être exposés dès juin
au public dans notre musée,
dans une vitrine spécialement conçue
pour eux".
Les fonds pour cette acquisition ont été apportés par un ensemble de collectionneurs et de mécènes, a-t-il ajouté.
La vente était menée par Cyrille Cohen,
vice-président de Sotheby's France,
qui avait dirigé la célèbre "vente André Breton" en 2003.
Cette vente avait en son temps suscité beaucoup de critiques dans les milieux littéraires, émus de voir partir aux enchères
les souvenirs de l'écrivain.
La Maison natale d'André Breton.
C'est à Tinchebray (Orne, Normandie), en février 1896, que petit André voit le jour, au sein d'une famille modeste.
Mais, André Breton, comme nombres de ses amis, n'est pas très enclin à livrer son parcours sur ses jeunes années... On sait que ses premières études l'orientèrent vers la médecine et q'au moment de la première guerre mondiale, il excerça comme infirmier militaire à Nantes.
A l'âge de quatorze ans, il habite Pantin (1900-1910).
En 1919, avec Louis Aragon et Philippe Soupault, il crée la revue Littérature. Il adhère au mouvement Dada, qu'il quittera plus tard. Cette même année, au troisième étage de l’hôtel des Grands hommes, il découvre, avec Philippe Soupault, l'écriture automatique. Ensembe, ils publieront en 1920 "Les Champs magnétiques",
En 1921, Breton occupe une chambre à l’hôtel de la rue Delambre.
En 1924, c'est la publication du Manifeste du surréalisme. Cet ouvrage propose une conception totalement nouvelle de la poésie et une définition théorique du surréalisme (voir ci-dessous).
André Breton devient ainsi le chef de file du surréalisme.
Comme Aragon, il adhère au parti communiste français mais il y renonce par la suite, ce qui cause des heurts avec les membres du groupe surréaliste (départ d'Aragon en 1928).
En août et septembre 1925, il réside au Grand Hôtel du Château à Thorenc, où, il compose "La lettre aux voyantes". (Il finance ce séjour en vendant un "Chirico" et un "Braque").
En novembre de cette même année, c’est l’hôtel des Négociants et du Port, à Toulon, qui l’accueille.
En août 1927, il loge, avec Aragon, au Manoir d’Ango (Varengeville-sur-mer, près de Dieppe) , leurs amis Prévert, Desnos, Tanguy, Péret et Duhamel les y retrouveront. Là, Breton est plongé dans l’écriture de "Nadja" qui paraitra en 1928.
En août 1931 (et à nouveau août 1932), il commence "les Vases communicants" à l’hôtel du Levant à Castellane.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, André Breton se réfugie aux États-Unis. Il rentre en France en 1946 et tentera de reconstituer le groupe surréaliste d'avant-guerre. Il continuera, jusqu'à sa mort, de plaider en faveur de la modernité poétique.
En juin 1950, il participe à Cahors (Lot) à l’inauguration de la "Route sans frontière n°1" qui, jusqu’à Saint-Cirq-Lapopie, doit donner l’exemple d’un mouvement des communes : son but, mobiliser les citoyens contre la guerre froide et le pouvoir des Etats (mais cet exemple ne sera pas suivi…).
En découvrant le village de Saint-Cirq, il "cesse de se désirer ailleurs" et achète rapidement "la belle maison à la tour carrée qui dépasse du toit"... Jusqu’à l'été 1966, il y reviendra chercher papillons et agates.
De 1922 à sa mort en 1966 (avec l'interruption américaine 1941-1946), son quartier général à Paris aura été le 42, rue Fontaine (9ème arrondissement), à quelques pas de la place Blanche où se tient le café Cyrano, lieu de ralliement des surréalistes...
Recueils poétiques : 1920- Les Champs magnétiques, 1923 - Clair de Terre
1924 - Poisson soluble
Essais et récits : 1924 - Manifeste du suréalisme - 1928 - Nadja
1932 - Les vases communicants - 1937 - L'amour fou.
Le surréalisme.
Le mot "surréalisme" a été choisi en hommage à Apollinaire,celui-ci venant de mourir (novembre 1918). C'est le 18 mai 1917, lors de la première de Parade, ballet avec une musique de Satie, des costumes et des décors de Picasso, un argument de Cocteau, qu'Apollinaire présente dans le programme l'adjectif "sur-réaliste" et le 24 juin, lors de la représentation de sa pièce, "Les Mamelles de Tirésias", Guillaume Apollinaire donne sa définition de ce "drame sur-réaliste" :
"Pour caractériser mon drame je me suis servi d'un néologisme qu'on me pardonnera car cela m'arrive rarement et j'ai forgé l'adjectif surréaliste qui ne signifie pas du tout symboliste comme l'a supposé M. Victor Basch, dans son feuilleton dramatique, mais définit assez une tendance de l'art […] Et pour tenter, sinon une rénovation du théâtre, du moins un effort personnel, j'ai pensé qu'il fallait revenir à la nature même, mais sans l'imiter à la manière des photographes."
Surréalisme, n. m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. (définition André Breton).
Le mouvement surréaliste repose donc sur la volonté de libérer l'homme des morales qui le contraignent et des académismes qui l'empêchent d'agir, c'est-à-dire nuisent à la force créatrice.
Souvent, les écrivains surréalistes se libèrent de la contrainte du sens dans leurs productions littéraires ; c'est ainsi que le groupe surréaliste s'adonnait au jeu du "cadavre exquis", jeu qui consiste à écrire des phrases "au hasard, chaque participant donnant un seul élément de phrase [...] sans connaître les autres" (définition T.L.F.I.). De même, dans la peinture, René Magritte joue souvent sur le décalage entre le titre et le sujet représenté.
Le mouvement a aussi une dimension politique : l'art est considéré comme un moyen de "changer la vie". D'où l'adhésion au Parti communiste du groupe surréaliste.
Le mouvement est défini par André Breton dans le Manifeste du surréalisme, publié en 1924.
Les artistes surréalistes mettent en œuvre la théorie de libération du désir en inventant des techniques visant à reproduire les mécanismes du rêve. S’inspirant de l’œuvre de Giorgio De Chirico, unanimement reconnue comme fondatrice de l’esthétique surréaliste, ils s’efforcent de réduire le rôle de la conscience et l’intervention de la volonté. Le frottage et le collage utilisés par Max Ernst, les dessins automatiques réalisés par André Masson, les rayographes de Man Ray, en sont les premiers exemples. Peu après, Miró, Magritte et Dali produisent des images oniriques en organisant la rencontre d’éléments disparates.
Le Surréalisme est un mouvement qui se développe pendant plus de quarante ans, depuis les avant-gardes historiques du début du siècle jusqu’à l’émergence de nouveaux courants dans les années 60 : outre la peinture américaine et le Pop Art, l’art surréaliste a motivé l’apparition d’une seconde vague avant-gardiste en Europe dans les années 60, dont le Nouveau Réalisme est l’éminent représentant.
Parmi les auteurs surréalistes, on peut citer quelques noms : Paul Éluard (1895-1952), Philippe Soupault (1897-1991), Robert Desnos (1900-1945), Antonin Artaud (1896-1946) ou encore Georges Bataille (1897-1962). Parmi les peintres, citons Max Ernst, Salvador Dalí (exclut en 1939), René Magritte et Juan Miró.
L'écriture automatique
Dans son premier "Manifeste du surréalisme", André Breton présente ainsi l'écriture automatique :
Prisonniers des gouttes d’eau, nous ne sommes que des animaux perpétuels. Nous courons dans les villes sans bruits et les affiches enchantées ne nous touchent plus. À quoi bon ces grands enthousiasmes fragiles, ces sauts de joie desséchés ? Nous ne savons plus rien que les astres morts ; nous regardons les visages ; et nous soupirons de plaisirs. Notre bouche est plus sèche que les pages perdues ; nos yeux tournent sans but, sans espoir. Il n’y a plus que ces cafés où nous nous réunissons pour boire ces boissons fraîches, ces alcools délayés et les tables sont plus poisseuses que ces trottoirs où sont tombées nos ombres mortes de la veille.
Quelquefois, le vent nous entoure de ses grandes mains froides et nous attache aux arbres découpés par le soleil. Tous, nous rions, nous chantons, mais personne ne sent plus son cœur battre. La fièvre nous abandonne.
Les gares merveilleuses ne nous abritent plus jamais : les longs couloirs nous effraient. Il faut donc étouffer encore pour vivre ces minutes plates, ces siècles en lambeaux. Nous aimions autrefois les soleils de fin d’année, les plaines étroites où nos regards coulaient comme ces fleuves impétueux de notre enfance. Il n’y a plus que des reflets dans ces bois repeuplés d’animaux absurdes, de plantes connues.
Les villes que nous ne voulons plus aimer sont mortes. Regardez autour de vous : il n’y a plus que le ciel et ces grands terrains vagues que nous finirons bien par détester. Nous touchons du doigt ces étoiles tendres qui peuplaient nos rêves. Là-bas, on nous a dit qu’il y avait des vallées prodigieuses : chevauchées perdues pour toujours dans ce Far-West aussi ennuyeux qu’un musée".
Un soir donc, avant de m'endormir, je perçus, nettement articulée au point qu'il était impossible d'y changer un mot, mais distraite cependant du bruit de toute voix, une assez bizarre phrase qui me parvenait sans porter trace des événements auxquels, de l'aveu de ma conscience, je me trouvais mêlé à cet instant-là, phrase qui me parut insistante, phrase oserai-je dire qui cognait à la vitre. J'en pris rapidement notion et me disposais à passer outre quand son caractère organique me retint. En vérité cette phrase m'étonnait; je ne l'ai malheureusement pas retenue jusqu'à ce jour, c'était quelque chose comme : « Il y a un homme coupé en deux par la fenêtre », mais elle ne pouvait souffrir d'équivoque, accompagnée qu'elle était de la faible représentation visuelle d'un homme marchant et tronçonné à mi-hauteur par une fenêtre perpendiculaire à l'axe de son corps. A n'en pas douter il s'agissait du simple redressement dans l'espace d'un homme qui se tient penché à la fenêtre. Mais cette fenêtre ayant suivi le déplacement de l'homme, je me rendis compte que j'avais affaire à une image d'un type assez rare et je n'eus vite d'autre idée que de l'incorporer à mon matériel de construction poétique. Je ne lui eus pas plus tôt accordé ce crédit que d'ailleurs elle fit place à une succession à peine intermittente de phrases qui ne me surprirent guère moins et me laissèrent sous l'impression d'une gratuité, telle que l'empire que j'avais pris jusque-là sur moi-même me parut illusoire et que je ne songeai plus qu'à mettre fin à l'interminable querelle qui a lieu en moi.
Tout occupé que j'étais encore de Freud à cette époque et familiarisé avec ses méthodes d'examen que j'avais eu quelque peu l'occasion de pratiquer sur des malades pendant la guerre, je résolus d'obtenir de moi ce qu'on cherche à obtenir d'eux, soit un monologue de débit aussi rapide que possible, sur lequel l'esprit critique du sujet ne fasse porter aucun jugement, qui ne s'embarrasse, par suite, d'aucune réticence, et qui soit aussi exactement que possible la pensée parlée. Il m'avait paru, et il me paraît encore - la manière dont m'était parvenue la phrase de l'homme coupé en deux en témoignait - que la vitesse de la pensée n'est pas supérieure à celle de la parole, et qu'elle ne défie pas forcément la langue, ni même la plume qui court. [...]
Sur la foi de ces découvertes, un courant d'opinion se dessine enfin, à la faveur duquel l'explorateur humain pourra pousser plus loin ses investigations, autorisé qu'il sera à ne plus seulement tenir compte des réalités sommaires. L'imagination est peut-être sur le point de reprendre ses droits. Si les profondeurs de notre esprit recèlent d'étranges forces capables d'augmenter celles de la surface, ou de lutter victorieusement contre elles, il y a tout intérêt à les capter, à les capter d'abord, pour les soumettre ensuite, s'il y a lieu, au contrôle de notre raison.
Les spécialistes de la révolte.
Aux impératifs de la Révolution sociale, les surréalistes ont toujours subordonné l'urgence majeure qui devait être la libération des modes de pensée : "Transformer le monde" a dit Marx, "changer la vie" a dit Rimbaud : ces deux mots d'ordre, pour les André Breton n'en font qu'un.
Antonin Artaud formulera plus définitivement ces objections à l'égard d'une révolution qui n'aurait que l'économie pour domaine : "Je méprise trop la vie pour penser qu'un changement quel qu'il soit qui se développerait dans le cadre des apparences puisse rien changer à ma déplorable condition." (A la grande nuit (ou le bluff surréaliste), 1927).
Breton confirmera plus tard : "L'étreinte poétique comme l'étreinte de chair / Tant qu'elle dure / Défend toute échappée sur la misère du monde.". (Sur la route de San Romano, 1948).
"Les mots vus par les surréalistes"
Pratiqué à partir de 1925, il consiste à composer des poèmes ou des dessins à plusieurs, chacun inscrivant un mot ou un motif sur un papier plié, à l’insu des autres participants. Les œuvres ainsi obtenues présentent des rapprochements inattendus, comme la phrase "le cadavre exquis boira le vin nouveau", à laquelle le jeu doit son nom.
Collage : au sein du surréalisme, le procédé du collage est surtout employé par Max Ernst.
Dès 1919, il assemble des images issues de multiples domaines, dans le but de provoquer des rencontres insolites. À partir de 1929, il crée des romans-collages, séries d’images confectionnées à partir de gravures de la fin du 19e siècle ou de catalogues illustrés, et reliées entre elles par la simple répétition de motifs visuels. À la différence du collage cubiste voué à la seule recherche plastique, et des photomontages éminemment politiques du dadaïsme allemand, le collage surréaliste suggère de nouvelles associations visuelles, poétiques et oniriques.
Décalcomanie : cette technique a été utilisée pour la première fois dans un cadre artistique par Oscar Dominguez en 1936.
L’artiste presse une feuille blanche sur une autre feuille enduite de gouache noire, et répète l’opération, de manière à reporter plusieurs fois les taches de peinture. L’image qui en résulte permet à l’artiste de libérer son imagination en interprétant à sa guise les formes obtenues. À la suite d’Oscar Dominguez, Max Ernst applique le principe de la décalcomanie à la peinture à l’huile.
Écriture automatique : inspirée de la psychanalyse, et surtout de la poésie d’Arthur Rimbaud et de Lautréamont, l’écriture automatique consiste à écrire si rapidement que la raison et les idées préconçues n’ont pas le temps d’exercer leur contrôle.
Le premier texte issu de cette méthode, "Les Champs magnétiques" de 1919, a été rédigé tour à tour par André Breton et Philippe Soupault.
Frottage : équivalent pictural de l’écriture automatique, le procédé du frottage a été découvert par Max Ernst à l’occasion d’un épisode précis de sa vie, en 1925.
En fixant le plancher usé d’une auberge où il séjournait en Bretagne, il décide de relever l’empreinte de cette matière en frottant à la mine de plomb un papier posé sur les lattes de bois. Il étend ensuite ce procédé à d’autres textures et publie son premier recueil de frottages, Histoire naturelle, en 1926. Il poursuit cette recherche en utilisant la peinture à l’huile.
Fumage : en 1937, le peintre autrichien Wolfgang Paalen invente le procédé du fumage :
il réalise des dessins tracés en promenant la flamme d’une bougie sur une feuille de papier. Plus tard, il applique cette technique à la peinture à l’huile. Il annonce ainsi les peintures de feu d’Yves Klein.
Grattage : inventé par Max Ernst en 1927 comme extension du frottage, le grattage est surtout pratiqué par Esteban Francès, peintre d’origine espagnol et rallié au Surréalisme en 1937.
Cette technique consiste à gratter à la lame de rasoir des couches superposées de peinture de différentes couleurs, afin de faire surgir des formes plus ou moins transparentes et diaprées.
Objet surréaliste : après les Ready-made de Marcel Duchamp, André Breton suggère au milieu des années 20 de fabriquer "certains de ces objets qu’on n’aperçoit qu’en rêve", et "dont le sort paraît infiniment problématique et troublant".
Comme chez Duchamp, il s’agit d’assembler des objets déjà existants et de peu de valeur. Mais contrairement à lui, les surréalistes attendent du nouvel objet qu’il provoque une réaction affective, voire "une émotion sexuelle particulière" selon Salvador Dali. Les plus célèbres des objets surréalistes sont dûs à Alberto Giacometti, Salvador Dali, Joan Miró, André Breton, Oscar Dominguez ou encore Man Ray.
Paranoïa-critique : développée par Salvador Dali à partir de 1929, la théorie de la paranoïa-critique consiste en un délire d’interprétation, appliqué non seulement à l’art, mais aussi à la réalité. Son but est de dépasser la perception habituelle jugée trop pauvre, au profit d’une appréhension du réel démultipliée.
Rayographe : le procédé du rayographe a été inventé par Man Ray en 1922. Il s’agit de réaliser des photographies sans appareils, en plaçant des objets sur une plaque sensible que l’on expose à la lumière.